Je découvre André Markowicz

Mauvais coucheurs et gens couchés

J’ai vu que Sébastien Le Fol, — un des rédacteurs adjoints du Point —, mécontent de ma chronique sur les deux enterrements successifs, me place, avec Régis Debray, parmi les « mauvais coucheurs ». L’idée, d’après ce que je comprends, c’est que je suis un intellectuel, et que je ne suis jamais content. J’aurais dû laisser les gens, les Français, à leur deuil et leur recueillement, et ces deux célébrations qui, de fait, se voulaient œcuméniques. Ensuite, j’ai lu les commentaires sur le site et la page FB du Point qui, en gros, reprenaient deux lignes de critiques : d’abord, j’étais jaloux, et, d’autre part, en tant qu’« intellectuel », je coupais les cheveux en quatre. Et, comme le disait quelqu’un, ces intellectuels n’ont toujours pas compris que « leur temps était passé ». Ah, mes cheveux, mes amis… Ce n’est pas que je les coupe en quatre, c’est qu’ils tombent. Ce n’est pas que je me fais des cheveux, comme on dit, — ou, plutôt, j’aimerais tellement m’en faire, — non, je m’en défais. Et c’est mon héritage génétique qui veut ça. Bon, bref, comme on le voit, ce ne sont pas des critiques qui vont bien loin.

Sinon, dans le flot d’indignation qui a saisi beaucoup de mes concitoyens à lire mes malheureuses paroles, il n’y avait aucune critique réelle.

J’ai reçu, en revanche, une grande quantité de remerciements, en messages privés sur FB, ou par mail (il faut dire courriel), ou même au téléphone. Beaucoup de gens me disaient ça, en fait : « vous avez parlé pour nous », « ça fait du bien de dire tout haut ce que je pensais tout bas ». — Je voudrais les remercier, tous. Mais, là encore, si j’en parle, ce n’est pas pour m’en flatter. Bien au contraire.

Je n’imaginais pas une seconde, j’en ai déjà parlé, que ma chronique aurait une telle résonance. Mais je ne crois pas que cette résonance soit positive. Elle est, me semble-t-il, le signe, parmi des dizaines d’autres, d’une déshérence profonde.

J’ai dit, je le répète, une chose toute simple : que j’avais entendu, dans les deux éloges funèbres prononcés par le Président, la construction d’une image de la France qui était clairement celle d’une France de droite — une France du « génie national » (en l’occurrence, ce serait « la clarté »). Et j’ai dit que la liste des amis de Jean d’Ormesson énumérés lors de la cérémonie faisait l’impasse sur leur orientation idéologique. Il y avait là, de toute évidence, un discours programmatique, — comme une espèce de commentaire, très rare, du Président sur ses choix je ne peux pas dire « philosophiques », mais ses choix d’héritage : la France des Hussards, celle, pour faire court, d’un monde où l’individu est, intrinsèquement, originellement, au-dessus de la société, laquelle France des Hussards n’est elle-même qu’une des déclinaisons des valeurs de la droite conservatrice telles qu’elles sont exprimées par des penseurs comme Joseph de Maistre. — C’est bien cela qui s’exprimait derrière la « légèreté » de Jean d’Ormesson, et c’est bien cela qui m’a fait réagir.

C’est banal de le dire, mais ça reste vrai : une des conséquences de la présence du FN est la disparition de tout débat politique. Parce que, naturellement, si je ne regrette pas une chose, c’est d’avoir voté Macron au deuxième tour : même si Marine Le Pen n’avait aucune chance d’être élue, il fallait absolument que son score soit le plus faible possible. C’est la raison pour laquelle la consigne du « ni ni » prônée par Mélenchon me paraissait, et me paraît encore, inacceptable. Non, quoi qu’on dise, Le Pen et Macron (ou qui ce soit appartenant à la droite classique), ce n’est pas pareil, — et laisser le champ libre par l’abstention me rappelait les consignes données par Moscou au PC allemand contre Hitler : renvoyer dos à dos deux ennemis équivalents. Et donc, j’ai voté Macron, je n’en suis pas fier, je ne pouvais pas faire autrement.

Mais, une fois le danger écarté (du moins pour l’instant), vers qui se tourner face à la politique du gouvernement actuel, annoncée dès le début, et mise en place comme elle est annoncée — une politique qui consiste à promouvoir systématiquement le contrat individuel face au contrat collectif, et, par voie de conséquence, à plus ou moins brève échéance, à privatiser ou démembrer de tout ce qui pourrait être privatisé ? Une politique qui va amener à faire disparaître l’essentiel de ce qu’on appelle « le secteur public », c’est-à-dire ce secteur de l’économie pour lequel, à l’origine, le profit n’était pas le but premier. Pour le dire comme je le sens, le Président arrive à faire, sans le moindre conflit, bien davantage — ou bien pire, c’est selon — que tous les gouvernements de droite et de gauche réunis depuis des décennies. Et il le fait, cela, dans une espèce de consensus, parce qu’il le fait sur les ruines de toute opposition. Parce qu’il n’y pas de débat — ou si peu — et qu’il n’y a pas de perspective d’une autre voie vivable.

Depuis le deuxième tour des élections, j’ai assisté à une dérive des « Insoumis » qui se résume pour moi dans le tweet de Mélenchon se félicitant de la victoire des nationalistes en Corse au nom du « dégagisme » alors que, pendant de nombreuses années, il avait été parmi les premiers à mettre en cause leur idéologie. Que Mélenchon en arrive là, je ne sais pas — ça me rend triste. — Et la victoire des nationalistes elle-même, qu’est-elle donc sinon un autre signe de la déréliction de la gauche ? Les gens ne votent pas pour une Corse indépendante (objectivement, si), comme d’habitude, — ils votent contre. Contre tout. Tout ce qui n’est pas eux — sans que personne ne soit vraiment capable ce que c’est, ce « eux ».

Plus ça va, et plus je suis blessé par le populisme que je sens chez Mélenchon, — et rien n’est plus terrible, me semble-t-il, que d’essayer de flatter les gens, — qu’il n’y a rien de plus méprisant envers les gens eux-mêmes. Et que c’est donner au Président des verges pour se faire battre, parce que son discours, à lui, ne varie pas, quelles que soient les circonstances, quels que soient les interlocuteurs.

Qui sont les autres ? — Les socialistes ? — mais ce sont eux qui sont responsables de la débâcle qui les a frappés. Et que voulez-vous éprouver comme sentiment quand nous avons vu tellement de leurs pontes se retrouver soudain macronistes, — en Bretagne, par exemple… Et en fait, c’est déjà là que tout était en place : qui d’autre que Le Drian (et, non, pas la droite — Le Drian) a fait le lit de l’Institut de Locarn, c’est-à-dire, en particulier, des grands patrons de l’agro-alimentaire ?

C’est comme si, en fait, nous étions résignés à subir ce qui vient. Pas résignés, d’ailleurs. Il faudrait que je trouve un autre mot : juste à considérer que c’est inévitable, chacun dans notre, comme on dit, « secteur d’activité », ou dans sa « branche ». Couchés. Les uns après les autres. Et cela, même s’il y a des voix qui, dans le chœur, sont discordantes — il y en a, mais, je ne sais pas, c’est comme si ça ne faisait rien, parce qu’il n’y a pas de perspective globale, pas d’horizon. Et que, lorsque, soudain, quelqu’un, même sans penser le faire, casse le consensus, les uns ont l’impression d’un blasphème et les autres que c’est un événement.

C’est aussi ça, la déshérence.

Signé André Markowicz (sur sa page FB )

 

Personnellement, je pense que la gauche française est K.-O. plutôt qu’en déshérence. Comme un boxeur qui vient de recevoir ce coup ingérable qui signifie pour lui la fin de la partie et le début de la récupération nécessaire pour le bilan, et la reprise en main de la suite.

Do Ani

Nie Aniu, przedemna nie musisz udawac ze jestes dumna z twoich osiagniec w zyciu ! Przeciez to nic nie znaczy a Ty jestes za inteligentna zeby tego nie rozumiec. I wstydzic sie za brata ktory inaczej mysli niz Ty ? To przeciez nie bardzo madre ! To takie medrkowanie bez sensu.

Nie musisz Aniu udawac, nie musisz sie pokazywac od dobrej strony. Ja jestem Aniu twoj brat, ja Cie widzialem jak bylas malutka, jak konstruowalas swoje zycie, ja jestem swiadkiem naocznym jak Ty roslas, jak uroslas, jak urodzilas Terese, jak kontynuowalas z nia i bez niej, jak zamieszkalas tam gdzie mieszkasz. Ja wiem co ty osiagnelas. Nie musisz mi sie usprawiedliwiac Aniu ! Ty jestes moja siostra taka jaka jestes. Ja nic od Ciebie nie wymagam. Nie musisz grac roli starszej siostry. Nie musisz usprawiedliwiac twojego postepowania i twojego rozumowania, Aniu. Jestes jaka jestes i to jest bardzo dobrze. Ja mysle inaczej niz Ty, ale ja nie wymagam zebys Ty myslala tak jak ja !

Ja cie nie atakuje, Aniu, nie musisz sie bronic, nie musisz mi wyzutow robic, nie musisz sie wstydzic za mnie.

A moze Ty musisz byc zla, Aniu? Moze to jest twoje przeznaczenie, Aniu, nienawidziec? Moze Ty musisz ludziom krzywde robic i dlatego wolisz zyc sama, wlasnie dlatego zeby im krzywdy nie robic ? Dlaczego w ludziach jest potrzeba robienia krzywdy ? Wiadomo ze sa ludzie ktorzy potrzebuja krzywde innym robic. Czemu? Nie wiem. Ale Aniu ja jestem twoj brat i nie boje sie zla ktore ty rozdzielasz. Twoja nienawisc nie pozbawia mnie niczego. Ty nie mozesz mi krzywdy zrobic Aniu. Ja lubie byc w twoim towarzystwie i dla mnie to twoje zlo, te twoje glupstwa mnie bardziej interesuja niz mnie rania.

« La promesse de l’aube »

J’aimais bien les Inrockuptibles. Je les ai pratiqués plusieurs années régulièrement une fois par semaine à la cantine universitaire. C’était dans les années 1990. Cet hebdomadaire accompagnait mes moments de détente. C’était une sorte de Télérama décontracté façon « rock », les gens intelligents vibrant frais face à l’actualité politico-culturelle. Oui, Les Inrocs avaient leur sensibilité rock, fraîche, pas catho, gauche, libre et ouverte. Ça m’allait bien ça me faisait du bien. C’était il y a quelques années.

Mais voilà qu’aujourd’hui arrive sur les écrans « La promesse de l’aube » avec Romain Gary l’admirable « prince » des écrivains, Charlotte Gainsbourg que j’aime et que je viens d’admirer il y a deux jours à la TV dans « Son épouse » où elle était sublime et éblouissante face à son Yvan Attal qui, lui, de son côté, était éblouissant il y a quelques semaines dans son « Brio » que j’adorais. Et puis il y a aussi Pierre Ninay, un bouleversant, vertigineux et inoubliable Yves Saint Laurent face à Guillaume Gallienne fabuleux, lui, en Pierre Bergé.

La brochette des élus de mon cœur dans la même aventure, je suis au pinacle, c’est le gotha…

Pour choisir mon horaire je consulte Allociné et je tombe sur la critique des Incorruptibles. Ça tombe bien. Je vais voir ce qu’en pensent les gens que j’apprécie…

Erreur, horreur, grosse crise.

Ouvrant les portes et pénétrant chez les Inroccupribles je me trouve aux égouts du monde. La critique signée Vincent Ostria que je ne connais pas, est négative. Et pourquoi pas, aimer ou pas aimer est humain et intéressant, chacun sa sensibilité on discute et c’est bien… Le choc est de me trouver non pas face aux gens cultivés et civilisés avec qui échanger à la recherche et à la défense du beau, de la vie, de l’amour, du bonheur, ces choses auxquelles on aspire tous… mais face à un goujat un rustre un voyou un pignouf minable un grossier personnage. Ce n’est pas la compagnie que je cherche. Un personnage que l’on fuit à la vie quand on veut s’élever un peu.

Quand j’étais leur lecteur les gens des « Irroccuptibles » cherchaient à s’élever et montraient la voie. Je les ai aimés pour ça. Vincent Ostria le pignouf que les Inrocs laissent s’exprimer et me proposent à lire aujourd’hui est choquant, et j’en veux à la rédaction. Ce n’est, en l’occurrence, plus une rédaction, c’est une bande de goujats, des grossiers personnages. Quand un petit merdeux débloque il y a nécessairement quelqu’un, il faut nécessairement quelqu’un pour le recadrer. Là, il n’y a personne et c’est inacceptable.

Il n’y a plus Les Inrocs il y a un cloaque à la place. J’espère toutefois qu’après quelques travaux menés intelligemment tout rentrera dans l’ordre.

« Son épouse »

J’étais ébloui par « Brio » d’Ivan Attal, au cinéma. J’ai beaucoup aimé. Hier, croyant qu’il s’agissait d’un autre film de Attal j’ai branché mon Mac book sur « Son épouse » avec Attal et Charlotte. Non, ce n’est pas un autre film de Attal. Mais il y est en acteur et très bon et très Attal, et il y a surtout Charlotte. Époustouflante ! Elle y est magnifique ! Toute Charlotte, celle de « l’Effrontée » déjà, mais là en version « Grand millésimé ». Elle y est magnifique. J’aime. Le film lui même, réalisé en fait par un Michel Spinosa que je ne connaissais pas, est loin d’être inintéressant. C’est un flash-back permanent. Tout est dans tout. Comme dans un tableau où le temps et l’espace sont indépendants. Belle expérience.

Joseph Mengele

Le récent prix littéraire Renaudot 2017 « La disparition de Joseph Mengele » d’Olivier Guez, parle de ce médecin qui dans le camp d’extermination d’Auschwitz pratiquait les expériences médicales sur les déportés. Le sujet repose la toujours brûlante question du mal. 70 ans après, imposé, organisé, nationalisé, sanctifié, mis en pratique par le pouvoir installé au centre le plus civilisé de l’Europe, le programme d’extermination d’une communauté jugée nuisible par le pouvoir, choque toujours l’entendement humain.

Et s’il n y avait rien à comprendre ? Et s’il n’y avait aucune raison à en extraire autre que la vie elle-même, la nôtre, celle qui fait battre notre cœur et nous oblige à nous en occuper alors qu’évidemment il est très difficile sinon impossible de toujours faire tout ce que l’on a à faire, et de ne jamais laisser les autres s’en occuper ?